Lundi 10 mars 2008

Raoul, Bourheïma, Henri Maïga, Roger-le-mécano et Dominique, tous les cinq mécaniciens, Théodore, Rosine, Félicité et Roger Ouédraogo se sont réunis pour me faire part de leurs projets.

Roger commence par leur demander leur avis sur le projet de taxi.

Objection de Raoul: « le taxi, c'est le bienvenu. Mais si le taxi ne sert que dans les 4 villages, ça ne permettra pas de couvrir les frais (salaire+carburant). »

 

Mais la petite équipe de mécaniciens veut surtout parler de son projet de garage: « Notre premier objectif, c'est de former des inactifs. On voudrait monter un atelier de garage. Il y a beaucoup de jeunes inactifs qui n'ont aucun débouché ici et qui voudraient se former en mécanique. Bien sûr, on ne peut pas absorber tous les vagabonds! Mais on pourrait avoir trois titulaires qui en forment chacun deux, par exemple.

C'est pas l'argent qu'on met devant, mais la formation. On peut aussi en envoyer un ou deux en formation à Ouaga. »

 

De plus, parmi les mécaniciens, il y a un malentendant, Bourheïma, et Roger voudrait l'envoyer en consultation pour voir si on ne peut pas améliorer son audition.

« La bonne chose s'achète elle-même », c'est un adadge mossi.

 

Roger-le-mécano: « Le projet de garage, c'est une bonne initiative parce qu'il y a beaucoup de jeunes désoeuvrés. »

je demande: « Pensez-vous qu'il faudrait diversifier les formations et les activités? Mécanique auto, poids lourds, mécanique deux roues, vélos aussi? »

Roger-le-mécano: « Oui, c'est intéressant, ça profitera plus. »

- «  Quelle est l'aide attendue? »

- « La diversification des débouchés, au niveau formation: 2 roues, petits et gros véhicules, etc...Nous attendons que la Tortue Voyageuse nous plante [nous aide à planter] et nous allons porter les fruits. »

Dominique, qui n'a pas parlé, qu'en pense-t-il? « Si l'ateleir de mécanique voit le jour, c'est bien. »

Henri Maïga: « pense que c'est une bonne idée parce que beaucoup de gens sont au chomage ».

Raoul: « est d'accord pour le garage, beaucoup de gens viennent et il y a une demande. »

 

- « Et les femmes, ont-elles aussi des projets? » (nous avons déjà parlé hier de celui de Félicité et de Sylvie)

- « les femmes tisseuses de Yako nous ont manqués plusieurs fois. Elles ont des doléances, on va les transmettre. Il y en a qui font du tissage, elles ont déjà leurs métiers. »

 

Pour conclure, je demande que l'on rédige les projets pour qu'en France nous puissions les soutenir. Je pose la question de savoir s'il n'est pas mieux de rassembler tous les projets de Yako en un seul autour de l'idée de formation, de production et en même temps d'hébergement et de bibliothèque, bref autour de l'idée de développement de débouchés sur la petite ville de Yako, ce qui éviterait l'exode vers la capitale. Une sorte de « Maison de La Tortue Voyageuse ».

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage dans le Passoré, juillet-août 2007
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Dimanche 9 mars 2008

9 mars à Yako

Toutes les deux ont adhéré à la Tortue Voyageuse (antenne de Yako) et veulent expliquer leur projet.

Félicité, patronne du salon de coiffure, a pris la jeune Sylvie en formation dans son salon il y a 2 ans. Sylvie est venue de Tindila (village voisin de Kabo) avec un handicap moteur au niveau des jambes, donc, espérant une aide, elle a adhéré. Sylvie n'a jamais été à l'école. Le problème de Sylvie, c'est qu'elle vient de loin, Félicité doit aller la chercher tous les jours.en moto.

Leur idée, c'est que plus tard, la petite ait son atelier et puisse former d'autres enfants. Elle est encore en formation, la Tortue du Passoré voudrait la parrainner.


 

Je demande à Sylvie quelle est son attente à elle: Elle voudrait ouvrir son propre atelier en restant sous couvert de sa patronne, elle attend du matériel de coiffure. Son problème actuel, c'est le déplacement, elle vit chez des parents à Yako.

Je l'interroge sur son handicap, de quel moyen de locomotion a-t-elle besoin, quel est exactement son handicap? J'ai vu qu'elle ne pouvait marcher qu'accroupie, elle semble avoir les jambes atrophiées et doit se hisser à la force des bras pour s'asseoir sur une chaise, elle ne peut dresser ses jambes et se mettre debout. A-t-elle eu des avis médicaux? Elle n'est jamais allée à l'hôpital, n'a jamais vu de médecin pour son handicap. Pensant qu'elle est handicapée de naissance, je lui demande si elle peut m'en dire plus sur la nature de son handicap: en fait, elle a eu un accident à l'âge de 8 ans, c'est une maison qui est tombée sur elle et elle n'a pas été soignée car elle était orpheline, elle n'avait pas sa maman.

Je propose donc qu'elle commence par faire un bilan de santé, ne serait-ce que pour voir ce qui est préconisé pour se déplacer. Elle dit qu'elle peut faire du vélo ou de la moto.

Ensuite, nous intègrerons leur projets à ceux de Yako, puisqu'il est question de travailler dans le domaine de la formation.

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage dans le Passoré, juillet-août 2007
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Samedi 1 mars 2008


Depuis la veille, à Yako, la maison était agitée comme une ruche, Roger ne dormait que quelques heures, faisant le va-et-vient entre Yako et Bouré. Les femmes s'affairaient à préparer des quantités de poulets, de salades, les boissons s'entassaient dans la cour.

J'ai profité d'un des voyages pour me propulser à Bouré dans la matinée. Les installations étaient spectaculaires: une tribune sonorisée, une immense tente pour abriter des centaines de chaises et quatre confortables fauteuils arrivés de Yako pour asseoir les augustes invités.

Le ministre de la Culture, Philippe Sawadogo, ancien ambassadeur du Burkina à Paris, est arrivé avec sa suite, c'est lui qui parrainait la fête, puis les représentants du ministère de l'enseignement de base, le préfet, la maire de Samba, les chefs coutumiers, et l'invité d'honneur, le premier instituteur de Bouré qui ouvrit l'école il y a 50 ans, un charmant vieux monsieur tout sec et tout petit!

J'étais très fière de mon petit échange avec le ministre qui s'est souvenu des circonstances dans lesquelles je l'avais rencontré à Paris en 2000.

Je vous passe le détail des discours, des cadeaux, des chants et danses, puis du repas servi aux invités, à tout le village, aux centaines d'enfants qui faisaient la queue avec leur gamelle pour avoir leur part de riz gras.

 

Les jeunes lycéens et étudiants ressortissants de Bouré ont profité de l'occasion pour avoir avec moi un petit entretien.

 Ils sont 6 jeunes ce jour-là, Roland, Jules, Emmanuel, Alphonse, Baoda, Frédéric, respectivement en 3ème, première, terminale ou en 2ème année d'université de droit.

 

Ils se sont organisés en association, l'AJSB (Association des Jeunes Scolaires de Bouré).

Ils se sentent particulièrement isolés car ils sont scolarisés dans différents établissements, à Samba, La Toden, Yako, Ouaga ou Koudougou. Dans leur association (ils ont des difficultés à déposer les statuts à la mairie car ils ont des obligations financières pour déposer les papiers, des frais de timbres qui sont demandés, il leur faudrait pour cela 4500f. Soit 7€), ils répertorient un certain nombre de besoins : Besoin de livres, de documentation, besoins financiers pour les plus démunis, il faut 2000 F pour s'inscrire en primaire, et déjà à ce niveau, certains ne les ont pas. Par la suite, les frais de scolarisation sont plus élevés (collège, lycée).

Les adhérents cotisent tous les mois, ils versent 50 f (30ct d'€) par mois, ils sont au nombre de 40 ou 50 cotisants. Il y a fréquemment parmi eux des abandons, des défections. Ils organisent des soirées dansantes pour récolter de l'argent. Comme ils sont éloignés des collèges et lycées, ils ont des frais de loyer, de transport. Souvent, les petits, après le primaire, ne peuvent pas continuer.

Avoir un collège à Bouré, même de l'avis des villageois, ce serait une priorité. En principe, la loi dit qu'il faut un collège pour chaque département. Or ici, il n'y en a pas.

Ils sont très favorables au projet de taxi et de bibliobus, ils adhèrent tous à cette idée. Je leur explique que pour l'instant, nous avons un petit stock de livres à Yako et que ce serait effectivement une priorité qu'ils puissent bénéficier aussi à ceux qui sont éloignés de la ville et qui n'ont rien sous la main.

Nous nous engageons à rester en contact pour avancer dans des projets communs.

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage dans le Passoré, juillet-août 2007
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Mercredi 27 février 2008

Un globe terrestre grandiose confectionné par un soudeur à Yako ...

Ce soir là, Roger m'emmène chez le soudeur à qui nous avons commandé un globe terrestre énorme pour notre projet « Une petite planète pour découvrir le vaste monde » auquel je veux associer les enfants de la famille à Yako. Pour l'instant, ils ont reçu des correspondances des enfants de La Goutte d'Or qui travaillent en France sur ce projet.

Le soudeur a préparé, en fonction de mes indications, quelque chose de plus perfectionné et mieux ouvragé que je n'aurais pu l'imaginer, un globe d'un mètre de diamètre monté sur un socle, pouvant pivoter sur lui-même, surmonté d'un drapeau! Tout cela pour 16 000 fcfa (24€)!

Il n'entre pas dans la voiture, qu'à cela ne tienne, il sera emporté jusqu'à la maison porté par un petit gars sur son vélo !

J'achète du grillage pour le recouvrir et me mets au travail dès le soir, profitant de la fraîcheur, car dans la journée, il fait de plus en plus chaud. A la maison, tout le monde me regardera d'un air étonné et un peu dubitatif, me voyant m'atteler chaque jour à la tâche de recouvrir notre globe trerreste de papier. Marcelin, 9 ans, que j'ai décidé de prendre un peu sous mon aile car il n'apprend toujours pas à lire, me donne souvent des petits coups de main. C'est Séraphine, grande et sérieuse, qui sera chargée de poursuivre l'opération après mon départ.

 

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage dans le Passoré, juillet-août 2007
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Mardi 26 février 2008

Rendez-vous avec Monsieur Rémy ZABA, le Maire de Yako, et Madame Bernadette Ouédraogo, son adjointe.

 

J 'ai demandé cette rencontre avec Monsieur Le Maire afin de l'informer des actions et des projets de La Tortue Voyageuse. J'attends son soutien, ses conseils, car dans le cadre de la municipalisation, ce sont les communes qui sont chargées de coordonner les projets de développement.

 

« Effectivement, dit-il, il ne faut pas avoir de double usage. Les actions qui bénéficient aux villages doivent avoir une visibilité, la Mairie est chargée de leur apporter appui et conseils.

On a des plans de développement pour chaque village, les PAI: « Plan Annuel d'Investissement ».

On détermine le plan sur la base des recensements, actuellement, ils sont à Kabo pour réunir les données. L'Etat passe à travers les bras des élus [municipaux]. Ce sont les villageois eux-mêmes qui s'impliquent et pas seulement un groupuscule! Le partenariat s'appuie sur la confiance entre individus. »

 

J'interroge Monsieur Zaba sur la gestion et le fonctionnement du CLAC (Centre de Lecture et d'Action Culturelle).

« Le CLAC, ça a été transféré au Maire, avant, ça relevait du Ministère de l'Education. J'ai fait installer un ciber, ça fonctionne bien. »

 

A propos de la demande de réparation du forage de Kabo:

« Il faut qu'ils adressent une lettre au Maire, on doit vérifier s'il est hors service. Les services techniques de Ouahigouya viendront après la réparation faire des mesures et des analyses, on doit vérifier s'il y a de l'arsenic, c'est le cas dans plusieurs endroits. »

 

Pour clore l'entretien, Monsieur Zaba me demande de lui faire un courrier pour présenter notre association et lui donner nos coordonnées.

Madame Ouédraogo est anesthésite à l'hôpital, elle connaît bien Roger, « C'est mon mari », précise-t-elle en me raccompagnant jusqu'à la voiture (bien sûr, puisqu'ils sont tous les deux des « Ouédraogo »).

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage février 2008
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Dimanche 24 février 2008


Ce samedi là, de retour à Yako, j'ai rencontré Bernard Konombo et Denise Sawadogo, tous deux jeunes kabolais en classe de première au lycée provincial de Yako, responsables de la bibliothèque que nous avons créée depuis juillet 2007. Ils viennent y tenir leur permanence chaque samedi et dimanche.

Avec eux, j'ai réorganisé, classé les livres et nous en avons vérifié l'inventaire. Avec ceux que je venais d'apporter, nous en sommes à 210 ouvrages, y compris les petites revues, type « J'aime Lire » qui sont peu empruntées (ne serait-il pas préférable d'en doter les écoles qui font de la correspondance dans les villages?).

En examinant le cahier de prêt, on peut voir que les livres empruntés sont essentiellement des manuels scolaires, des livres utiles aux études et que les livres ou revues « plaisir » sortent très peu. Je suggère que le règlement autorise le prêt de 2 livres par personne.

Aucun livre n'a disparu, je note les titres faisant défaut: Les classes de 1ère, 2de, 3ème, 5ème et 6ème sont moins bien pourvues. Les annales du bac ont beaucoup de succès, on en redemande, ainsi que des romans, tous les auteurs africains et les grands classiques français.

J'insiste sur notre souhait qu'un grand nombre de personnes puisse profiter de cette bibliothèque. Nous pensons à notre projet de taxi-bibliobus pour desservir les villages où sont scolarisés les jeunes de Bouré et Maré (collèges de Samba, La Toden, Bokin, Kirsi) .

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage février 2008
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Samedi 23 février 2008

22 / 23 février


Nous avions fait prévenir les enseignants et les villageois de notre arrivée. Pour cette première visite, Patrice Ilboudo , président de l'antenne de Kabo et de La Tortue Voyageuse du Passoré, m'accompagnait. Toute la journée devait être consacrée aux enseignants à qui j'apportais un épais paquet de lettres des petits correspondants français de la ville de Saint-Ouen.

Nous avons donc été reçus par l'équipe enseignante, puis je suis passée de classe en classe, prenant le temps de parler avec le maître, de photographier les enfants et de leur remettre les courriers. Le midi, un déjeuner partagé avec les enseignats nous a permis d'instaurer entre nous des relations plus familières, amicales. L'après midi, j'avais prévu de revenir dans chaque classe pour aider les enfants à rédiger les réponses à leurs correspondants.

Puis nous avions convenu que j'installerais dans la classe de CM2 l'ordinateur portable de l'association dont j'avais pris soin de charger les batteries. Dans des conditions un peu précaires, le petit ordinateur juché sur une chaise elle-même juchée sur le bureau du maître, je leur ai passé le film « Kirikou et la sorcière ». Les 75 élèves, rassemblés bien serrés au centre de la classe pour pallier la trop grande luminosité de la salle, ont regardé le film dans un silence religieux, plein d'émotion, l'oreille tendue vers un son vascillant, réagissant cependant par des rires, des soupirs, aux moments les plus drôles ou les plus effrayants. Un grand évènement!


Le soir, comme je devais rester à Kabo et aller dormir en famille, Fatimata, l'enseignante de CE2, restant à Kabo toute la semaine avec ses deux enfants, m'a accompagnée jusqu'à la cour familiale et nous avons eu plaisir à passer un moment ensemble et faire plus ample connaissance.

 

Le lendemain matin, un kabolais est venu me chercher en moto, j'avais promis d'assister au match de football entre l'école de Kabo et celle de Bouboulou, village situé à 6 km, au-delà des montagnes de Kabo. J'ai fait beaucoup de photos, supporté les petits kabolais qui, à la mi-temps, me semblaient déjà épuisés d'avoir couru sous le soleil, sur le grand terrain (taille adulte) après leur marche de 6 km pour venir à Bouboulou. En bonne mère, je me demandais s'ils avaient seulement mangé quelque chose le matin avant de partir.


De retour au village, une rencontre avec les kabolais adhérents de la Tortue était prévue. Quatorze villageois, uniquement des hommes, y ont participé, ainsi que cinq enseignants de l'école. Les rencontres villageois-enseignants semblent peu courantes, j'ai insisté pour que la rencontre soit commune. Nous avons fait le tour de l'ensemble des projets de l'association, dans les autres antennes, puis dans celle de Kabo. Nous avons évoqué l'idée d'organiser une petite bibliothèque de village pour les élèves afin d'exploiter les livres offerts par les correspondants  français. De l'avis général, il semble préférable de l'organiser en dehors de l'école, avec l'aide des villageois, des parents d'élèves, reste à définir dans quel local (à construire?) et selon quelle organisation. Est-il possible de « motiver » (avec un petit budget) un jeune villageois sorti de l'école pour l'animer tous les jeudis?

Le directeur d'école demande une aide pour la cantine endogène et j'insiste pour que les parents d'élèves soient étroitement associés à cette demande.

Le secrétaire de l'APE (Association des pères d'élèves) demande une rencontre.

Le directeur présente 2 autres demandes: la remise en état de la pompe à eau de l'école et l'installation de panneaux solaires sur l'école pour y organiser du soutien scolaire pour les CM2, des cours d'alphabétisation et permettre aux enseignants de préparer leur classe le soir à la lumière.

J'insiste sur le fait que toutes ces demandes doivent nous être soumises par écrit et chiffrées.

Enfin, nous discutons de l'idée du Taxi de la Tortue Voyageuse, le projet intéresse beaucoup les villageois, le débat est animé, ils insistent sur la perspective de pouvoir transporter leurs productions agricoles pour les commercialiser.

A la fin de la réunion, on enregistre six nouvelles adhésions (faute de cartes d'adhésion supplémentaires), dont des enseignants, une première à Kabo!

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage février 2008
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Mercredi 20 février 2008
20 février  2008

Madame Lorelle nous reçoit en compagnie de son collaborateur, Monsieur Yannick Coumarin.
Nous présentons l'association, expliquons notre présence ici par le fait que nous estimons avoir maintenant acquis une expérience suffisante pour nous atteler au soutien de projets de développement un peu plus ambitieux que ceux que nous avons menés jusqu'alors avec nos propres moyens. Nous faisons un rapide inventaire de ce que nous avons déjà réalisé et des projets que nous soutenons, dans le cadre de la coopération entre la Tortue française et la Tortue burkinabè, fonctionnement mis en place depuis aout 2007 dont la vocation est de donner la parole aux bénéficiaires et initiateurs des projets au Burkina, les habitants des villages partenaires.

A propos de notre aide financière à la contribution villageoise de Maré pour sa demande de forage de l'école, exemple de réalisation que nous avons donné parmi d'autres, Madame Lorelle émet une réserve sur cette somme demandée par le village, elle estime que l'installation d'un forage est gratuite. Sa conseillère technique fait une recherche et nous confirme qu'il est effectivement demandé aux villages une contribution de 200 000 Fcfa pour le dépôt d'une demande de forage, montant destiné:
 -  pour 150 000 F. au titre de la participation du village;
-   pour 50 000 f. à titre de réserve en prévision de l'entretien du forage.
Madame Lorelle nous informe qu'il existe un programme, un gros projet danois qui court jusqu'en 2010 et qu'il importe donc de consulter le PDDEB (« Programme Décennal De l'Education de Base », dont la mise en oeuvre a commencé en 2000) pour vérifier s'il n'y a pas déjà un programme en place, puisqu'il s'agit du forage d'une école de village.

Puis Madame Lorelle nous donne son point de vue général sur la démarche qui lui paraît souhaitable pour les associations de soutien au développement comme la nôtre: Il importe, avant toute initiative, de s'informer du paysage. Le SCAC à l'Ambassade de France dispose des informations.
Ainsi par exemple, nous avons entrepris de créer une petite bibliothèque pour de jeunes scolaires à Yako. Or il existe un projet Lecture Publique financé par le CAST (Compte d'Affectation Spéciale du Trésor). Pour ce programme « Education pour Tous », le Burkina Faso émarge à deux sources de financement et tous les bailleurs de fonds y participent. Les CLAC, « Centres de Lecture et d'Action Culturelle», stuctures soutenues par ce projet, sont implantés dans de nombreuses villes en province. Il importe donc de connaître d'abord ce paysage, de s'inscrire dans cette stratégie globale, de coordonner les actions et par conséquent, dans le cas d'un projet de bibliothèque, de s'informer de l'existence d'un CLAC à Yako.
De manière générale, elle nous fait part de son souci de voir plus de coordination entre les multiples petits projets qui voient le jour sur la base de bonnes volontés, pris dans une problématique généreuse, mais qui ne se soucient pas de s'inscrire dans une stratégie globale en s'informant du paysage environnant.
Elle-même, elle gère 282 projets en Coopération Décentralisée!
Madame Lorelle exprime donc ses réserves face à des initiatives qui s'appuient sur des sentiments de générosité, beaucoup de bonne volonté née de rencontres, qui s'attachent à des particularismes locaux, mais ne s'inscivent pas dans une démarche globale et cohérente de projets à l'échelle des programmes de développement nationaux et internationaux.

Or la situation, constate-t-elle, c'est que « le Burkina Faso va fêter le cinquantenaire de son indépendance et qu'il ne décolle toujours pas, qu'il dépend pour 70 % de son budget des bailleurs de fonds ». Plus que jamais, suivons le précepte selon lequel « Il vaut mieux apprendre à pêcher à celui que l'on veut aider plutôt que pêcher à sa place ». «La générosité française, dit-elle, atteindra ses limites, elle trouve sa source dans les impôts payés par les contribuables, les impôts augmentent, ils ne pourront pas continuer à augmenter indéfiniment, les sources vont finir par se tarir. »

Madame Lorelle nous demande ce qui est à l'origine de notre association, pourquoi le Burkina Faso, et pourquoi notre nom, « La Tortue Voyageuse ».
A la fin de l'échange, elle nous recommande de garder le contact avec Monsieur Coumarin qui est là pour nous conseiller, à commencer par nous guider dans la recherche de fournisseurs de panneaux solaires pour le projet de Bouré.
Patrice Ilboudo s'informe de la possibilité de soumettre au SCAC des projets émanant d'associations burkinabè, telles La Tortue Voyageuse du Passoré. On lui remet le document de demande d'appui aux associations burkinabè.
Par la suite, Monsieur Coumarin nous communiquera les renseignements demandés.

Nous sommes petits, mais nous faisons maintenant partie des associations répertoriées par le Sercice de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade deFrance à Ouagadougou et c'est une bonne chose.
Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage février 2008
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Mardi 19 février 2008

Un précieux partenaire ressource pour l'antenne de bokin.

 Le même jour, dans la foulée, j'avais rendez-vous avec Monsieur Alphonse Ouédraogo. Il est natif de Bokin, il vit et travaille à Ouagadougou il a créé l'association « Vénégré ACDL » pour contribuer au développement local du département de Bokin. C'est lui qui loge gratuitement Monique Neiman à Bokin et met sa maison à la disposition des femmes tisseuses.

 
Face à la complexité des relations avec nos partenaires de Bokin, ses conseils nous seront précieux. Les relations entre les femmes tisseuses nous semblent marquées par des conflits de pouvoir soustendus par des enjeux qui nous échappent pour une grande part, un manque de compréhension et d'adhésion aux règles et objectifs notre association.

 

Pour répondre à leur demande d'intéressement, Monsieur Alphonse, qui rencontre régulièrement les femmes, nous conseille de clarifier la situation en distingant celles qui produisent et sont compétentes de celles qui sont en formation. « Elles ne peuvent pas toutes prétendre au même intéressement. Pourquoi ne pas à l'avenir multiplier les métiers de façon à avoir 2 filières distinctes: une pour la production, une pour la formation? »


Il sait qu'il y aura des limites à cette clarification qui tient au fait que les femmes ne sont pas alphabétisées, qu'elles ont beaucoup à apprendre, qu'elles restent ancrées dans leurs fonctionnements anciens, à l'échelle familiale. Aussi, il pense qu 'il serait préférable de ne pas tout focaliser sur le tissage, qu'il serait bon de proposer d'autres débouchés, à commencer par l'alphabétisation, condition première pour qu'elles puissent s'approprier leurs projets, devenir plus autonomes, avoir une vision plus collective.

Nous nous poposons donc de travailler à la perspective d'un partenariat avec l'association Vénégré qui porte le projet d'alphabétisation en contribuant à sa mise en place. Ce projet nécessite la construction d'un centre polyvalent où pourraient se tenir des réunions et l'alphabétisation. Il existe un plan type (une grande salle, un magasin, un bureau), il faut compter 3 à 4 M. de Fcfa, il faut faire une demande auprès de l'ONG suisse « Nouvelle Planète » qui s'en occupe. Dans un programme d'alphabétisation, ce sont des femmes qui sont formatrices, il faut compter 30 000 f pour le salaire du superviseur pour une session de 60 jours et 75 000 f pour l'animatrice qui est là tous les jours. Il y a un financement mais il faut être un organisme qui a fait ses preuves , c'est à dire qui a 3 ans d'ancienneté. Dans ce dispositif, le plus important, c'est la restauration des participantes, ça évite les abandons. Cela nécessite de faire un petit magasin, une banque de céréales destinée à la restauration avec des haricots, de la farine de maïs. Pour ce faire, on demande au PAM (Programme Alimentaire Mondial) des sacs de maïs, des haricots, de l'huile, c'est ce qui revient le plus cher.

A cela, il faut ajouter les fournitures, ce qui fait un total de 50 000 f. Sur une année, au total, il faut un budget de 300 000 f sans la restauration.

La méthodologie officielle est donnée par le Ministère de l'Enseignement de Base. Il donne l'agrément de début et évalue à la fin.

L'alphabétisation, c'est la porte d'entrée vers les autres activités. Il faut privilégier les plus jeunes. Pour les plus vieilles, d'autres alternatives peuvent être proposées: faire du beurre de karité, du savon, exploiter les graines de neem (activité pour la quelle on peut former un petit groupe de femmes en une journée, puis elles s'inscrivent sur un registre et reçoivent 1000 f; en échange, elles doivent apporter une quantité de graines et gagneront plus si elles en rapportent plus, ce qui crèe une dynamique d'entraînement).

Après toutes ces explications, nous convenons d'une date à laquelle nous rencontrerons ensemble et en présence du bureau de La Tortue Voyageuse du Passoré, les femmes de Bokin, Monique Neiman se trouvant déjà sur place. Monsieur Alphonse nous recommande la patience, il pense que la confiance et la compréhension s'établiront peu à peu.

Par Le grand conseil du Passoré - Publié dans : Voyage février 2008
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Mardi 18 septembre 2007
Lentement mais sûrement, la Tortue avance...

Depuis début 2004, date de création de notre association, le bilan que nous faisions des petites actions initiées avec nos partenaires dans la province du Passoré nous amenait à réfléchir à la manière de pallier les difficultés rencontrées: comment partir des initiatives villageoises, répondre à des projets réellement issus des habitants des villages?

Avec le premier village partenaire de nos projets, nous avions rencontré de sérieuses difficultés dues autant à notre ignorance et à notre enthousiasme parfois naïf qu'au fait que notre venue générait de la méfiance: faisions-nous l'unanimité auprès des notables, des chefs coutumiers et autres personnes craintes ou respectées comme les intellectuels ressortissants du village vivant à Ouagadougou?


Les villageois attendaient, restaient en retrait et ne disaient rien, si ce n'est qu'ils se jugeaient incompétents à savoir ce qui était souhaitable pour le village: Les intellectuels savaient ce qui était bon pour eux.

Toujours est-il que les premières réalisations, rénovation des logements d'instituteurs, soutiens financiers à l'école, se sont faits sans le contrôle des villageois. Ces derniers, restant timidement en retrait, se débrouillaient pourtant pour nous faire connaître à distance leurs critiques, tout analphabètes qu'ils étaient!

Quant à nous, nous défendions depuis le début l'idée qu'il fallait instaurer un système d'adhésion volontaire à l'association pour bénéficier des projets.

Ainsi avons-nous pu, lors de notre dernier retour au Burkina, l'été 2007, imposer cette idée à la quelle nous tenions: adhésion à l'association, puis création de l'association dans la dans la province.

L'idée était que les projets devaient venir des villageois et être contrôlés par eux.

Preuve était faite, pensions nous, que sans la confiance des intéressés, et leur part active, rien ne pourrait se faire durablement. Nos venues régulières nous avaient permis pendant ces trois premières années de mieux connaître les enjeux, le terrain, de comprendre le système de relations et nous savions maintenant que sur place, nous pouvions compter sur deux personnes fiables et respectées, qui partageaient notre conviction de vouloir donner la parole et l'initiative aux villageois.



 


 






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